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Ukraine : les négociations reprennent, mais la guerre continue

Les négociations reprennent entre Moscou, Kiev et Washington, mais les hostilités n’ont que brièvement cessé. Après une entrevue de trois heures avec Vladimir Poutine à Moscou le 5 septembre, les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner se sont rendus à Kiev le 6 septembre pour rencontrer le président Volodymyr Zelensky, marquant la première visite de ces envoyés de Donald Trump en Ukraine. Poutine a ordonné une suspension de trois jours des frappes russes sur la capitale pour l’occasion, mais les bombardements ont repris dès la fin de cette trêve tacite.

Zelensky a remercié publiquement les deux émissaires, soulignant que cette brève suspension des frappes avait « sauvé des vies », même si elle n’avait pas apporté les missiles intercepteurs Patriot que l’Ukraine réclame depuis longtemps. Witkoff a qualifié les discussions à Kiev de « très significatives », tandis qu’à Moscou il parlait d’échanges « riches en contenus, constructifs et extrêmement ouverts ». Ces formules diplomatiques masquent cependant des divergences fondamentales entre les positions russes et ukrainiennes.

Diplomatic delegation meeting room with flags, officials seated at a table, negotiation papers visible, tension and formal atmosphere.

Depuis l’invasion russe à grande échelle en 2022, la guerre dure maintenant dans sa cinquième année, tandis que le conflit dans l’est du Donbass s’éternise depuis 2014. Ces nouveaux pourparlers interviennent après l’échec des négociations précédentes tenues à Abu Dhabi en février 2026. Trump, qui assurait pendant sa campagne pouvoir résoudre le conflit en 24 heures, s’est réinvesti dans le dossier ukrainien à deux mois d’élections de mi-mandat jugées difficiles et face à l’absence de résultats dans son bras de fer avec l’Iran.

Moscou et Kiev restent profondément inconciliables sur les questions centrales. Kiev pourrait accepter un gel des combats sur la ligne de contact actuelle, mais refuse catégoriquement de céder à la Russie les territoires non encore conquis, soit un quart des quatre Oblast de l’est. Kiev refuse également toute reconnaissance juridique de l’annexion des territoires occupés. La question cruciale des garanties de sécurité après un cessez-le-feu demeure en suspens : l’Ukraine envisage un dispositif comparable à l’article 5 de l’Otan sans en être membre, avec un déploiement de forces de « réassurance » composées notamment de militaires français et britanniques. La Russie rejette totalement cette hypothèse.

Empty negotiating table with chairs, maps of Eastern Europe on the wall, morning light through windows, sense of pause and uncertainty.

En 1994, trois ans après son indépendance, l’Ukraine avait accepté de se départir de son arsenal nucléaire hérité de l’URSS en échange d’engagements de la part de Moscou de respecter son intégrité territoriale, consignés dans le Mémorandum de Budapest cosigné par Londres, Washington, Paris et Moscou. Ce précédent pèse lourd dans les négociations actuelles, où Kiev exige des garanties crédibles contre une nouvelle agression russe. Lorsque la Guerre de Corée a éclaté en 1950, les négociations entre les belligérants ont duré deux ans avant l’armistice du 27 juillet 1953, qui a figé la ligne de front autour du 38e parallèle. Durant cette période, certains des combats les plus sanglants se sont déroulés alors même que les pourparlers étaient en cours. Les deux Corées restent techniquement en guerre à ce jour, l’armistice n’ayant jamais débouché sur un traité de paix.

Kirill Dmitriev, patron du Fonds souverain russe depuis 2011 et désormais envoyé spécial de Poutine, joue un rôle central dans les négociations. Diplômé de Stanford, Harvard et Yale, parlant couramment l’anglais et marié à une amie de la fille cadette de Poutine, Dmitriev connaît bien les codes américains et a largement inspiré le plan de paix présenté à l’automne dernier, puis amendé sous la pression de Kiev et des Européens. En revanche, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov semble mis à l’écart, tout comme le secrétaire d’État américain Marco Rubio. À Washington comme à Moscou, les hommes du cercle rapproché des deux présidents prennent le pas sur les diplomates de carrière.

« La fébrilité de Donald Trump tranche avec la patience stratégique de Vladimir Poutine, convaincu que les Européens principaux soutiens de Kiev vont se diviser », relève Pierre Lévy, ancien ambassadeur français à Moscou. Poutine a martelé à plusieurs reprises qu’il ne renonce à aucun de ses objectifs, notamment la « dénazification » de l’Ukraine, et en appelle à la résolution de ce qu’il considère comme les « causes profondes du conflit », à savoir la vassalisation de l’Ukraine. Pour Moscou, les négociations doivent déboucher d’abord sur un accord global avant tout cessez-le-feu. Pour Kiev et les Européens, le plus urgent est l’arrêt des combats. Ces négociations pour le moment ne sont qu’ébauchées, et il est peu probable qu’elles avancent significativement dans les mois à venir. Pendant ce temps, selon les sources disponibles, Poutine poursuivra sa stratégie de guerre tout en maintenant l’apparence de pourparlers diplomatiques.

Sources

  • Challenges.fr — article de Marc Semo du 8 septembre 2026 sur la visite des émissaires américains à Kiev et les positions inconciliables des belligérants
  • Agence Anadolu — confirmation de l’ordre de Poutine de suspension de trois jours des frappes sur Kiev, le 5 septembre 2026
  • France 24 — couverture de la visite de Witkoff et Kushner à Kiev le 6 septembre 2026 et des propositions américaines
  • Wikipedia (Mémorandums de Budapest) — détails sur l’accord de 1994 entre l’Ukraine, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie concernant l’arsenal nucléaire
  • Cheminsdememoire.gouv.fr et Hérodote.net — informations sur la Guerre de Corée, l’armistice du 27 juillet 1953 et la ligne du 38e parallèle
  • Wikipedia (Kirill Dmitriev) — biographie de Dmitriev, son rôle de PDG du Fonds russe d’investissements directs et sa nomination comme envoyé spécial de Poutine depuis février 2025
  • Le Monde et Le Dépêche — entretiens avec Pierre Lévy, ancien ambassadeur français à Moscou, sur le contraste entre l’impatience tactique de Trump et la patience stratégique de Poutine

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