Diagnostic post conflictuel des recours thérapeutiques au Congo Brazzaville : analyse et proposition

I. INTRODUCTION

Au Congo, la phase de récession économique des années 80 qui s’est graduellement transformée en crise économique et sociale sans précédent, dès le début des années 90, a eu de profonds bouleversements dans le vécu des populations. En effet, de 1993 à 1999, soit en espace de six ans, le pays fut affecté par trois guerres civiles, c’est-à-dire celles de 1993, de 1997 et enfin, celle de 1998-1999. Ces conflits armés ont occasionné d’énormes sinistres et causé des mouvements massifs de populations en direction des régions, villes et autres localités de l’intérieur du pays.

On a pu noter une explosion de maladies dues à ces mouvements massifs et à la promiscuité offerte par l’environnement conflictuel et post-conflictuel. Or, la demande de soins de santé est tributaire des conditions géographiques, économiques, sociodémographiques, sanitaires et politiques du milieu de vie de la population considérée. Dès lors, l’on se poserait la question de savoir quels ont été les stratégies thérapeutiques des populations congolaises meurtries par les guerres à répétition.

 

Ainsi, l’identification des facteurs déterminants des recours thérapeutiques est un enjeu majeur dans la prévention des comportements des populations en période de conflit ou de toute autre crise pouvant affecter le fonctionnement de la société. Il faut dire que le recours aux soins de santé est un phénomène assez complexe qui, bien souvent, dépasse le simple cadre conflictuel, mais plutôt un problème endogène au fonctionnement même des systèmes de santé notamment les problèmes de disponibilité des infrastructures sanitaires et d’organisation de ces systèmes.

 

En fait, les personnes malades ont généralement recours à divers types de services de santé dont les plus importants comprennent les services modernes de santé offerts par divers agents (infirmier, médecin), l'automédication, les guérisseurs et les tradi-praticiens (Banque Mondiale, 1996). Les travaux menés en Côte d'Ivoire sur la demande de soins ont montré que, avant la crise des années 1980, les populations urbaines consultaient très peu les guérisseurs (Kacou et al.2002). Pour Dossou-Yovo et al (2001), les populations résidant en milieu semi-rural et rural Ivoirienne (Bouaké) avaient eu recours à l’automédication moderne dans 87% des cas, en cas de présomption de paludisme; 9,3% avaient fait recours à une structure moderne de soins alors que 1,2% ont fait appel au service d’un guérisseur traditionnel et 1,9% faisaient de l’automédication traditionnelle.

 

A l’évidence, le recours aux soins est déterminé par un certain nombre de choix et de contraintes qui dépendent à la fois des croyances, des stratégies individuelles et collectives, et d’autres facteurs tels que l’environnement social, économique et médical. Mais ces choix se retrouvent fortement affectés par les conflits armées et leurs conséquences sur les infrastructures de santé.

 

L’intérêt de la présente recherche est d’analyser les comportements thérapeutiques des populations en période conflictuelle et post-conflictuelle dans les départements du Pool, de la Lekoumou et du Niari, en République du Congo.

 

Dans la suite, nous présentons tour à tour, la revue de la littérature et hypothèses sur le sujet, la définition des concepts les plus importants, la méthodologie, l’interprétation des résultats et la conclusion.


II- REVUE DE LA LITTERATURE

La littérature sur les recours thérapeutiques ont Afrique et dans le monde est relativement abondante. Mais au Congo, une telle documentation est quasiment inexistante et à ce jour, aucune étude n’a été réalisée sur les recours thérapeutiques en situation de conflit armée dans ce pays frappé par des vagues de guerres successive entre 1997, 1998 et 1999. Ainsi, nous partirons de la littérature générale sur le sujet pour en-identifier les déterminants. La littérature sur l’utilisation des services de santé est décomposée en plusieurs approches : l’approche socio-culturelle, l’approche socio-démographique, l’approche économique ou financière, et l’approche des systèmes sociaux (Anderson, 1973 ; Gibson, 1972 ; McKinlay, 1972 cité par Zoungrana, 2003). Les premières approches sont qualifiées de partielles car elles accordent peu d’attention aux relations qui existent entre les différents facteurs et la dernière à savoir l’approche des systèmes sociaux est appelé approche globale car intègre un ensemble de facteurs (Bahan, 2007).

1 L’approche socioculturelle.

L’approche socioculturelle accorde non seulement un rôle central aux modèles culturels qui constituent “ le pivot autour duquel s’articule le déterminisme de l’agir humain ” (Gérard, 1995) mais aussi, elle met un accent particulier sur le rôle de l’organisation sociale dans la détermination des comportements des individus. Au niveau du ménage, elle accorde une importance considérable aux relations de pouvoir qui règnent entre les époux ou entre les membres du ménage. Cette approche détermine donc les comportements des individus, notamment dans le domaine de la santé. L’importance particulièrement considérable accordée aux us et coutumes traditionnels par la population en Afrique place les facteurs culturels au premier rang des facteurs de risque de santé sur ce continent (Akoto, 1993). Dans le domaine de la santé, les croyances étiologiques des maladies et les normes culturelles entrent en jeu. Ceci est particulièrement vrai en Afrique où dans un contexte de crise économique, les individus ont tendance à se conformer de plus en plus aux us et coutumes traditionnels (Akoto, 1993). Ce fait avait déjà été énoncé par Vimard (1985, cité par Akoto, 1993) en signalant que dans les sociétés africaines, la distance culturelle qui sépare la population des services de santé est parfois plus importante que la distance physique.

1.1 La religion

A travers les normes, les valeurs et les pratiques qu’elles véhiculent, la religion est un facteur susceptible d’influencer les perceptions, les attitudes et les comportements des individus concernant le recours thérapeutique. L’influence de la religion sur le recours à la médecine dépendra du groupe auquel on appartient. Pour la plupart des auteurs, la religion chrétienne[1], facteur de changement et d’adaptation, favorise le recours à la médecine moderne. A l’opposé, l’Islam favorise le recours à la médecine traditionnelle à cause de sa tolérance vis-à-vis des croyances traditionnelles (Akoto, 1993).

1.2 L’ethnie

L’ethnie, se définit comme le milieu de production des modèles culturels auxquels les individus se réfèrent (Evina, 1990). Fournier et Haddad (1995) notent que : « lorsque dans une même communauté cohabitent des populations d’origine ethnique différente, les comportements d’utilisation peuvent sensiblement varier d’un groupe à l’autre. Ces variations peuvent exprimer des différences culturelles dans les perceptions et les interprétations des symptômes ou dans les attentes concernant l’efficacité des traitements ».

1.3 Les croyances étiologiques et les perceptions des systèmes de soins

« Les croyances étiologiques font référence aux perceptions, à l’origine, à la cause réelle ou attribuée par les individus selon leur processus de socialisation aux différentes maladies» (Ngueyap, 1998). Ainsi les maladies attribuées à des facteurs surnaturels (convulsions, délires, folies), à la transgression d’un tabou ou au mauvais sort (stérilité, avortement), ne peuvent être traitées que par la médecine traditionnelle et le recours aux guérisseurs ou aux devins et en aucun cas par la médecine moderne (Bonnet, 1990 ; Diakite, Diarra et Traore, 1993 ; Roger, 1993).

2 L’approche socio-demographique

Elle établit un lien entre le comportement thérapeutique et les caractéristiques sociodémographiques telles que l’âge, le sexe, le milieu de résidence, la parité, le niveau d’instruction, le statut socio-économique.

2.1 L’âge et la parité

Ce sont des prédicateurs significatifs de l’utilisation des services de santé (Zoungrana,

1993). Plusieurs études ont montré une relation inverse et linéaire entre l’âge ou la parité et l’utilisation des services de santé maternelle et infantile (Wong et al, 1987) ou des services de santé en général (Fournier et Haddad, 1995).

2.2 Le milieu de résidence

D’une manière générale, on note l’utilisation massive des services de santé modernes par les populations urbaines, et à l’inverse, une plus grande propension des populations rurales à recourir à la médecine traditionnelle ou à l’automédication. Pour Fournier et Haddad (1995), ces différences d’utilisation entre milieu rural et milieu urbain sont liées à de nombreuses influences ayant trait aux populations ou aux dispensateurs de service. « En milieu rural, les populations sont plus pauvres, moins éduquées, moins réceptives à l’endroit de la médecine moderne et plus proches des praticiens traditionnels dont elles partagent volontiers le mode de vie et les valeurs ».

2.3 L’instruction

L’instruction favorise la rupture avec certaines pratiques sanitaires traditionnelles et l’adhésion à la culture occidentale. L’adhésion aux croyances étiologiques et à la thérapie traditionnelle est plus accentuée chez les personnes non instruites (Niraula, 1994 ; Akoto, 1993).

3 L’approche socio-psychologique

Cette approche explique les comportements thérapeutiques des individus à partir de leurs motivations, perceptions, connaissances… (Schuman, 1966 cités par Zoungrana, 1993).

La perception d’un caractère de gravité de la maladie modifie l’attitude des parents. Elle les incite à s’adresser à un recours « spécialisé » plutôt que « domestique » où à ne rien faire du tout lors de la survenance d’une fièvre d’appartenance banale chez un enfant (Baxerres, Le Hansran, 2004).

4 L’approche économique

Cette approche essaie d’expliquer le recours aux soins par les ressources disponibles et les coûts de traitement. Les variables les plus importantes sont le revenu, le coût des services de santé et la structure du revenu.

 

4.1 Le coût des soins

A partir d’une étude conduite en Chine, Lavy et Quisley (1993) arrivent à la conclusion que les prix des services médicaux bien que élevés sont moins importants quant à leur effet sur le choix du traitement et de son intensité. A l’opposé, dans des études utilisant des données péruviennes en milieu urbain, Gertler et al. (1988) ont montré que si les prix des services publics de santé doublaient, le nombre total de visites pour des soins de santé chuterait de 3 %. Ces utilisateurs de services publics se dirigeraient alors vers les services de santé privés. Dor et Van der Gaag (1988) vont plus loin en rapportant qu’en l’absence de prix monétaire, certains coûts privés représentés par le temps de déplacement, jouent le rôle du mécanisme des prix. Les coûts de santé au niveau du ménage comprennent aussi bien ceux directs (les dépenses de consultation, les dépenses de transport, les dépenses de laboratoire, les dépenses de médicaments et d’hospitalisation) qu’indirects (temps du transport et temps d’attente). On s’attend à ce que le coût des services ait une influence négative sur leur utilisation. Les dépenses de la médecine traditionnelle sont consacrées à l’achat de médicaments et de transport. A prix égal pour ses charges, le recours à la médecine traditionnelle s’en trouve favorisé (Traoré et al.1993).

4.2 Le revenu

Le revenu influence positivement le recours aux soins. En effet, les riches payent plus aisément les frais de consultations, d’hospitalisation, de médicaments et de transport. Ils pourront ainsi s’offrir les soins modernes. Les personnes pauvres, en revanche, ne peuvent pas recourir à ces services ; elles préféreront la médecine traditionnelle qui permet aussi des paiements en nature (Akoto et al, 2002).

5 Autres facteurs de comportement thérapeutique.

Les études sur le comportement thérapeutique distinguent trois types de facteurs explicatifs : les facteurs de prédisposition, les facteurs facilitateurs et les facteurs de renforcement (Akoto, 1993). Les premiers facteurs prédisposent les individus ou les membres du ménage à recourir à un traitement. Ils sont d’ordre socio-démographique et socioéconomique. Les facteurs facilitateurs sont ceux qui peuvent inciter ou promouvoir l’utilisation des formations sanitaires. Ils sont encore appelés les facteurs de l’offre. Les facteurs de renforcement, quant à eux, agissent sur les individus afin de maintenir leurs attitudes favorables vis-à-vis de tel ou tel recours thérapeutique.

5.1 Les facteurs institutionnels

Les facteurs institutionnels se réfèrent à l’offre des soins de santé, que ce soit en médecine moderne ou traditionnelle ; l’ensemble des facteurs susceptibles d’encourager ou de rebuter les utilisateurs potentiels. On y retrouve l’accessibilité géographique des dispensateurs de service, l’acceptabilité des dispensateurs de service, l’attrait lié à la qualité attendue etc., (Fournier et Haddad, 1995).

5.2 Les facteurs environnementaux

Les facteurs environnementaux sont particulièrement importants dans l’explication du type de recours choisi en cas de maladie. Ces facteurs utilisés dans l’explication du recours aux soins préventifs comprennent généralement le degré d’endémicité des régions, l’assainissement du milieu et même le milieu de résidence. Le degré d’endémicité influence le recours aux soins en ce sens qu’il rend compte de la prévalence des maladies endémiques dans chaque région. Ce degré dépend de l’abondance des vecteurs dans le milieu et du poids démographique de la région.

6 L’approche globale

A la différence des approches évoquées ci-dessus, qui analysent les comportements des individus de façon isolée, l’approche globale des systèmes sociaux intègre les facteurs économiques, sociaux, démographiques et biologiques. On retrouve dans cette approche : le modèle comportemental de santé d’Andersen, le modèle de Kroeger et le modèle de Zoungrana.

 

6.1 Le modèle comportemental de santé d’Andersen

Ce modèle connu sous le nom de « behavioural model ». Comme le souligne Jean Luc Richard (2001), ce modèle a été développé par Andersen (1968) puis perfectionné par Andersen et Newman (1973) et surtout par Aday et Andersen (1974). Selon ce modèle, l’utilisation des Services de santé résulte à la fois des caractéristiques du système de soins de santé (et en particulier de leur perception par les utilisateurs potentiels) et des caractéristiques de la population à risque. La satisfaction du patient, dont dépendra la suite du parcours thérapeutique ou un futur recours lors d’un autre épisode de maladie, dépend de la confrontation, lors de l’utilisation d’un service de santé, des attentes de l’utilisation (qui sont fonction de ses caractéristiques individuelles) et de l’offre du service de santé (caractéristiques du système de soins de santé).

6.2 Le modèle de Kroeger

Kroeger (1985) propose un cadre conceptuel s’inspirant à la fois du behavioural model et des pathway models[2] pour analyser la demande de soins de santé dans les pays en développement. Son modèle regroupe les variables explicatives en trois catégories en interaction : les facteurs prédisposant, la perception des caractéristiques de la maladie et la perception des services de santé. L’ensemble de ces variables influencent à la fois la perception des avantages du traitement et la perception des obstacles à l’utilisation des soins. Cette double perception influence à son tour le choix du type de thérapie. Ce modèle prend donc en compte le caractère généralement pluraliste des soins de santé dans les pays en développement et intègre l’accessibilité parmi les variables décrivant la perception des services de santé, dimension absente dans le modèle d’Andersen.

6.3 Le modèle de Zoungrana

Pour expliquer l'utilisation des services de santé à Bamako au Mali, Zoungrana (1993) distingue deux types de facteurs : les facteurs relatifs à l’offre de soins (accessibilité, coût et qualité des services) et les facteurs relatifs à la demande de soins qui se subdivisent en facteurs simples (statut socio-économique du ménage, éducation, activité, statut migratoire, caractéristiques socioculturelles, âge, état matrimonial).

 

7. Problématique

A la lumière de la revue de la littérature sur les approches explicatives du recours thérapeutique, il ressort que les aptitudes des individus en cas de maladie, peuvent être déterminées aussi bien par leurs propres caractéristiques, par l’environnement familial, notamment les relations avec l’entourage que par les facteurs institutionnels. C’est en définitive, l’approche globale, à travers les modèles de Kroeger et de Zoungrana, que nous adopterons pour l’explication des recours thérapeutiques en période de conflit et de poste conflit en République du Congo. Cependant, pour l’adaptation parfait à la réalité conflictuelle, la dimension "conflit- post-conflit" y sera ajoutée. Ainsi ce dernier modèle permettra d’analyser le comportement des individus en matière thérapeutique, toutes choses égales par ailleurs.

 

8. Hypothèse de recherche

L’hypothèse générale de l’étude est que le recours à une quelconque forme de thérapie dépend de tout un ensemble de facteurs (individuel, institutionnel, environnemental…), aussi bien en période de guerre qu’en période d’après guerre.

Ainsi, le recours à la médecine moderne subirait une influence globale des facteurs de modernisme qui sont entre autre, le haut niveau d’instruction, la résidence en milieu urbain, le haut niveau de vie, la disponibilité et l’accessibilité géographique de services de soins moderne, le coût et la qualité des soins. Par contre la médecine traditionnelle serait réservée aux classes moins moderne (faible instruction, faible pouvoir économique, résidence rurale…).

 

III- DEFINITION DES CONCEPTS

1. Les recours thérapeutiques

Il existe selon la littérature plusieurs types de recours vers lesquels les individus peuvent s’orienter lors d’un quelconque épisode de maladie. Cependant, la classification des systèmes de soins proposée en 1978 par Kleiman est actuellement utilisée par la plupart des auteurs. En effet, cette classification distingue l’automédication, la médecine traditionnelle et la médecine moderne (Akoto et al. 2002).

1.1. L’Automédication

L’automédication est définie comme étant « l’utilisation et l’administration des médicaments modernes et / ou traditionnels sans prescription par un thérapeute » (Akoto et al, 2002). Les raisons qui justifient le recours à ce système sont diverses. On citera entre autres, la nature et le degré de gravité de la maladie, l’inaccessibilité géographique et / ou financière des autres systèmes de soins mais aussi et surtout, la destruction des systèmes et structures sanitaires en période de crise sociopolitique.

 

1.2. La médecine traditionnelle

La médecine traditionnelle est définie comme étant « l’ensemble de toutes les connaissances et pratiques, explicables ou non pour diagnostiquer, prévenir ou éliminer un déséquilibre physique, mental ou social en s’appuyant exclusivement sur l’expérience vécue et l’observation transmise de génération en génération, oralement ou par écrit » (OMS, 2000). Dans certains cas, la médecine traditionnelle n’intervient que lorsque l’origine mystique d’une maladie est suspectée sur base d’un échec curatif à l’hôpital ou dans un centre de santé et lorsque la maladie s’aggrave de façon inquiétante (Beninguissé, Bopda 1998).

 

1.3. La médecine moderne

La médecine moderne est un système de soins basé sur une pratique universellement reconnue et acceptée par la communauté scientifique. Née des progrès de la biologie au cours de l’antiquité, elle englobe la consultation du malade, les analyses cliniques au laboratoire (si nécessaire) et la prescription des médicaments. Beaucoup de qualificatifs sont utilisés pour désigner cette médecine. On parle ainsi de médecine européenne, de médecine occidentale, de médecine scientifique etc. Aussi ce système de soins est appliqué de nos jours en Afrique grâce au processus du développement socio-économique et aux mutations socioculturelles que connaissent les sociétés africaines.

 

2. Les périodes conflictuelle et post-conflictuelle

Les périodes conflictuelle et post-conflictuelle font référence aux années de guerres successives du Congo (1996-1999) et aux années de paix retrouvée (à partir de l’année 2000)

IV- METHODOLOGIE

Elle consiste à présenté la principale source de données utilisées dans cette études, à évaluer la qualité globale de ces données et à présenter les différentes méthodes d’analyse statistique.

1. La Source des données

Les données utilisées dans cette étude sont issues de l’Enquête Bilan Social au Congo réalisée par l’Union pour l’Etude et la Recherche sur la Population et le Développement (UERPOD) en 2001. Les départements ciblés étaient : le Pool, le Niari, la Lekoumou et la Bouenza. Cette étude a combiné à la fois les techniques qualitatives et quantitatives de collecte des données.

2. Evaluation des la qualité des données de l’étude

Pour évaluer la qualité des données de l’enquête "Bilan Social au Congo", nous procéderons à l’analyse des taux de réponse des différentes variables. Le taux de réponses donne une indication globale de la qualité des données. La forte proportion de non réponses pour une variable jette le soupçon sur la qualité des informations renseignées par celle-ci. Si dans une matrice de données plusieurs variables présentent ce problème, c’est l’ensemble de la base qui en se retrouve discrédité et aucune analyse digne de ce nom ne peut se faire. En général, le taux de réponse est jugé acceptable quand il est proche de 95%.

Tableau 1. Examen de la qualité des variables

Variables

Taux de réponse (%)

Département

100

Age

94,3

Sexe

100

Statut matrimonial

97,5

Education

84,9

Activité

97,1

Recours de Guerre

97,5

Recours Après Guerre

100

Qualité de soin

100

Ensemble

96,81

Effectif

314

Source : traitement données BISOC (UERPOD)

D’après le tableau 1, la qualité globale des données est très satisfaisante (96,81%). Les variables présentent une qualité satisfaisante en référence à la limite des 5% de valeurs manquantes à ne pas dépasser. L’évaluation de la qualité des données révèle en dernière analyse, l’existence de biais négligeables pour le moins que la moyenne des informations manquantes se situe bien en deçà de 5% (3,19%).

 

3. Les méthodes d’analyse

Nous recourons à l’analyse bivariée descriptive au moyen de la statistique de Khi-Deux, pour identifier les associations isolées des recours thérapeutiques ; et à l’analyse descriptive multivariée, pour prendre en compte la complexité des interrelations individu-société, à travers l’Analyse Factorielle des Correspondances Multiples (AFCM).

 

 

V- INTERPRETATION DES RESULTATS

Il s’agit d’analyser les comportements des populations tel que déclarés à l’enquête de 2001 et de vérifier nos hypothèse. L’analyse est d’abord descriptive, uni et bi variée au moyen des fréquences et de la statistique de Khi-deux. Elle est ensuite bivariée explicative, au moyen de l’AFCM.

 

1. Evolution des pratiques thérapeutiques résultant des troubles socio politiques

Les recours thérapeutiques ont connu un grand bouleversement suite au troubles socio politiques. Avant les guerres successives, 84% des populations de ces départements se soignaient dans des hôpitaux ou des centres de santé. La tradi-thérapie ne représentait à peine que 16% et l’automédication très peu pratiquée.

 

Graphique 1 : Recours thérapeutiques selon les périodes

 

Source : Traitement des données BISOC, UERPOD, 2001

 

Pendant les guerres, il y a eu explosion du recours à la tradi-thérapie. La médecine moderne n’a été utilisée qu’à 6,5% de cas dans tous ces départements. Après les guerres, le recours à la médecine moderne retrouve quasiment le niveau affiché avant la guerre. On note que, au sortir de la période de guerre, les populations ont continué à utiliser la thérapie traditionnelle certes, en proportion plus élevée qu’avant les guerres, mais à un rythme quatre fois moins important que celui affiché en période de guerre.

Dans la suite de l’analyse nous retiendrons comme périodes de référence, les périodes de guerre et d’après guerre.

 

2. Occurrence des recours thérapeutiques selon les périodes

 

Tableau 2: Occurrence des recours thérapeutiques des ménages (%)

Caractéristiques des populations

Recours thérapeutique pendant la guerre

Recours thérapeutique d’après guerre

 

Traditionnel

Hôpital

Automédication

Traditionnel

Hôpital

Département

***

***

Pool

50,9

24,5

24,5

20

80

Niari

66,5

1,3

32

23,9

76,1

Lekoumou

89,6

5,2

5,2

8,9

91,1

Age

ns

ns

22-34

72,2

5,6

22,2

28,6

71,4

35-44

70,2

4,8

25

14,1

85,9

45-54

70,5

6,6

23

14,5

85,5

55 et +

72,2

6,7

21,1

19,1

80,9

Sexe

***

ns

Homme

71,5

4,9

23,6

19,3

80,7

Femme

67,5

17,5

15

12,5

87,5

Statut matrimonial

ns

**

En solitude

71,1

13,3

15,6

6,7

93,3

En union

72,8

5,5

21,7

20,6

79,4

Niveau d'éducation

ns

ns

Aucun

73,6

5,5

20,9

19,1

80,9

Primaire

68,5

4,3

27,2

20,8

79,2

Sec 1er Cycle

71,7

6,5

21,7

23,9

76,1

Sec 2e et +

93,1

0

6,9

6,9

93,1

Activité économique

*

***

Chômeur

74,1

7,4

18,5

7,4

92,6

Cadre

81,3

4,7

14,1

6,2

93,6

Cultivateur

61,4

8,7

29,9

29,3

70,7

Commerçant

72,7

9,1

18,2

15,6

84,4

Ouvrier

86,1

0

13,9

8,3

91,7

Appréciation de la qualité de soin

**

ns

Bonne

74,7

6,9

18,4

16,5

83,5

Mauvaise

62,2

5,6

32,2

23,1

76,9

Source : Traitement données BISOC ; ns=Non significatif ; *=p<10% ; **=p<5% ; ***=p<1%

 

Les recours thérapeutiques diffèrent d’une période à une autre, en fonction des caractéristiques individuelles des populations enquêtées.

La première observation résultant de ces données est que la tradi-thérapie à dominer toute la période de guerre et ce quelque soit l’âge, le sexe, la profession, le niveau d’instruction ou encore, l’appréhension que l’on se fait de la qualité des soins. Autant pour l’âge des enquêtés que toutes autres variables sociodémographiques, les proportions de la thérapie moderne sont très basses, c'est-à-dire que les préférences en matière thérapeutiques n’obéissent à aucune logique. Par contre, en En temps normal c'est-à-dire après les guerres il en ressort des forts taux d’utilisation de la médecine moderne quel que soit l’âge, le sexe, la profession ou le niveau d’instruction des personnes interrogées. Cependant, les variations de pratiques thérapeutiques dans les deux périodes témoignent de l’ampleur des troubles sociopolitiques dans ces départements. Dès lors, l’on serait tenté d’émettre l’hypothèse analytique selon laquelle, "les différentiations évidentes en terme de recours thérapeutiques ou de tout autre phénomène, vis-à-vis des caractéristiques individuelles des enquêtés, ne sont observables qu’en temps de paix".

Ainsi, en note "en temps de paix", que les différences en terme de recours moderne à la thérapie sont faibles, quelque soit l’âge, le sexe, la profession, le niveau d’instruction ou l’appréhension que l’on a de la qualité des soins. Toutefois, l’on peut noter la démarcation de certaines catégories de populations au sein des grands groupes de distinction sociale. En effet, les populations du Niari consultent moins les services modernes de santé que celles des deux autres départements ; les populations âgées entre 22-34 ans le font moins que celles plus âgées ; les hommes moins que les femmes ; les solitaires plus que celles en union ; les secondaire premier cycle moins que les sans niveaux et les niveaux primaire et les secondaire deuxième cycle; les cultivateurs moins que tous les autres  et enfin, celles qui apprécie mal la qualité des soins, l’on fait moins que celles ayant une vue positive.

 

De plus, la statistique de khi-deux calculée à cette effet, indique des associations individuelles significatives au seuil de 1% entre le département de résidence, l’activité économique, et le recours thérapeutique après la guerre ; une association significative à 10% entre l’état matrimonial et les recours thérapeutiques. En d’autres termes, toutes choses non égales par ailleurs, le changement de résidence, l’augmentation du pouvoir économique des populations ainsi que le changement de statut matrimonial entraineraient de facto, une augmentation de l’accès à la médecine moderne.

 

L’association n’étant pas la causalité, et compte tenu de la complexité de l’individu, une telle analyse ne saurait prétendre décrire de façon explicite, les comportements des populations. L’individu doit donc être pris dans sa globalité. Une analyse descriptive multivariée qui a la particularité de considérer l’homme dans tous ses attributs, est sensée traduire assez fidèlement, les attitudes des populations vis-à-vis des recours thérapeutiques.

 

 

3. Catégorisation des populations selon les pratiques thérapeutiques

 

Le logiciel SPAD fournit, pour l’Analyse Factorielle des Correspondances Multiples, des valeurs-test des modalités qui contribuent à l’inertie des axes factoriels ainsi que les coordonnées des points modalités. Il permet aussi d’avoir les représentations graphiques des axes factoriels.

Pour interpréter les résultats, nous synthétisons l’information sur les valeurs-test dans un tableau simplifié. La valeur-test d’un point-modalité, est le nombre de tests statistiques d’une loi normale, permettant d’évaluer l'ampleur des différences entre proportions ou entre moyennes. La valeur-test d’une modalité est liée à sa coordonnée sur l’axe factoriel. Elle est d’autant plus forte que la modalité correspondante occupe une position significative sur l’axe. Une modalité est d’autant plus intéressante sur un axe que sa valeur-test est plus grande. Dans notre cas, nous considère qu’une valeur-test supérieure à 2 en valeur absolue indique qu’une modalité est significativement différente du centre de gravité.

 

Le tableau 3 présente les valeurs-test des points-modalités dans l’inertie des axes factoriels en périodes de conflit et de post-conflit. Nous retenons les plans factoriels (1, 2, 3) pour nos représentations graphiques. Les facteurs (1, 2, et 3) contribuent à plus de 30% à l’inertie totale du système.

 

 

Tableau 3 : Valeurs-test des points-modalités en période de guerre et d’après guerre (AFCM)

Valeurs-test des points modalités dans l’inertie des axes factoriels

Positionnement Période de

Guerre

Positionnement Période

Après Guerre

Caractéristique

des populations

Facteur1

(14%)

Facteur2 (9%)

Facteur 1

(14%)

Facteur3 (10%)

Département

Pool

8,43

-7,42

Niari

-8,7

-8,42

Lekoumou

10,59

8,63

Age

22-34

-7,43

-7,2

35-44

-4,58

-4,94

45-54

3,04

55 et +

6,86

8,32

Sexe

Homme

-11,66

-11,67

Femme

12,66

12,59

Statut matrimonial

En solitude

12,89

13,07

En union

-11,15

-11,43

Niveau d'éducation

Aucun

8,76

9,43

Primaire

-7,27

-7,59

Sec 1er Cycle

-5,45

-5,98

Sec 2e et +

-7,29

-7,5

Activité économique

Chômeur

Cadre

-7,42

-7,87

Cultivateur

7,69

7,7

Commerçant

Ouvrier

6,85

8,52

Recours thérapeutique

Tisane/traditionnelle

8,89

-3,75

Hôpital

6,42

3,85

Automédication

-7,18

Appréciation Qualité de Soin

Bon

4,42

Mauvaise

Source : Traitement des données BISOC, UERPOD, 2001

a/-Description des axes factoriels : période de guerre

Le  premier axe factoriel explique environ 14 % de l’inertie totale des variables-modalités retenues. Il fait ressortir des oppositions entre d’un coté, les femmes, les personnes vivant seules, les cultivateurs, le département du Pool (côté négatif de l’axe) et de l’autre, les hommes, les personnes vivant en union, les cadres, le département du Niari (côté positif de l’axe). Ce premier facteur forme l’axe des caractéristiques individuelles des populations.

Le deuxième axe factoriel explique 9% de l’inertie totale des variables-modalités retenues. Il fait ressortir d’importantes oppositions entre d’une part, les personnes âgées entre 22-34 ans, ayant pratiqué l’automédication (côté négatif de l’axe) ; et d’autre part, les personnes âgées entre 45-54 ans et les plus âgées et qui ont la médecine traditionnelle comme moyen de thérapie (coté positif de l’axe). Ce facteur forme l’axe des recours thérapeutiques de la période de conflit.

 

b/- Projection des points-modalités sur le plan factoriel (1,2) (Période de guerre).

La figure 1 permet de mettre en évidence les populations pratiquant l’automédication et la thérapie traditionnelle comme seul recours thérapeutique en période de guerre. Ces populations sont composées de l’ensemble des individus identifiés aux parties positives et négatives des facteurs 1 et 2.

Les populations résidant dans ces trois départements (Pool, Niari et Lekoumou) meurtries par les violences armées, des populations de tous âges, aussi bien des hommes que des femmes, des personnes en union comme celles vivant seules, des personnes de tous niveaux d’instruction et de toutes catégorie socioprofessionnelles, combinaient l’automédication à la tradi-thérapie quand ils ont été malades au moment de la guerre.

Ainsi, l’une des conséquences importantes des guerres successives a été celle de conditionner les populations à la médecine traditionnelle et à l’automédication. Dans ce chao total, le moyen thérapeutique qui se présentait était le bienvenu. La guerre à donc éveiller les connaissances des populations en médecine traditionnelle et alimenter l’automédication moderne, du fait de son succès.

 

Figure 1 : Plan Factoriel (1,2) de l’Analyse Factorielle des Correspondance Multiples Recours thérapeutiques pendant la guerre

 

c/-Description des axes factoriels : période d’après guerre

Le premier axe factoriel explique environ 14 % de l’inertie totale des variables-modalités retenues. Il oppose d’un coté, les femmes, les personnes vivant seules, les personnes sans niveau d’instruction, les personnes qui font une bonne appréciation de la qualité des services de santé (côté positif de l’axe) et d’autre part, les hommes, les personnes vivant en union et les personnes ayant au moins le niveau secondaire premier cycle (côté négatif de l’axe). On retrouve également sur ce côté, les cadres et les résidents du Niari. Ce premier axe forme l’axe des caractéristiques individuelles des populations.

Le troisième axe factoriel explique 10% de l’inertie totale des variables-modalités retenues. Il fait ressortir d’importantes oppositions entre d’une part, les personnes âgées entre 22-44 ans, celles qui pratiquent la médecine traditionnelle et celles qui résident dans le Pool (côté négatif de l’axe) ; et d’autre part, les personnes âgées de 55 ans et plus, les résidants du département de la Lekoumou et les personnes qui ont la médecine traditionnelle comme moyen de thérapie (coté positif de l’axe). Ce facteur forme l’axe des recours thérapeutiques de la période post-conflit.

Figure 2 : Plan factoriel (1,3) de l’analyse des correspondances multiples (Recours thérapeutique Après la Guerre)

 

Source : Traitement des données BISOC, UERPOD 2001

 

d/- Projection des points-modalités sur le plan factoriel (1,3) (Période d’après guerre).

La figure 2 met en évidence deux groupes de populations. Le premier groupe (GROUPE 3 sur le graphique) est composé des populations identifiées à la partie négative du premier axe factoriel et la partie positive du troisième axe. Le second groupe (GROUPE 4 sur le graphique) est délimité par le côté positif du premier axe factoriel et le coté négatif du deuxième axe. Les populations résidant au département de la Lekoumou, âgées de 45 ans et plus, essentiellement celles de sexe masculin et vivant en union pour la plupart se sont fait soignés à l’hôpital. On recense également dans cette catégorie, les ouvriers et les personnes sans niveau d’instruction.

Par contre, la tradi-thérapie semble être le recours préféré par les cultivateurs et les commerçants. On y retrouve dans cette catégorie, beaucoup plus de femmes que d’hommes, essentiellement des jeunes adultes (22-44 ans) qui, dans une large majorité, étaient constitués des célibataires et des séparées. Ce sont donc en définitive, les populations du Pool qui se sont appropriées la tradi-thérapie un-deux ans après la guerre.

 

 

VI. CONCLUSION

En somme, l’analyse différentielle des recours thérapeutiques a fait ressortir plus que jamais la guerre comme un facteur de soumission des populations mais aussi comme un véritable moteur de solution. Les populations victimes des guerres ont certes été contraintes à l’automédication et à la tradi-thérapie mais ont en revanche, bénéficiées des connaissances et pratiques ancestrales.

Les facteurs concourant à l’adoption de la thérapie moderne sont la résidence dans le département de la Lekoumou, le statut d’ouvrier, l’âge avancé (45 ans et plus) et la vie en couple ou en union. Les facteurs globalisant le recours à la tradi-thérapie sont le haut niveau d’instruction, l’exercice de l’activité agricole, le statut de commerçant, la vie en solitude (célibataire, veuf/ve, divorcé(e)) et le fait de résider dans le département du Pool.

Ces résultats sont loin de vérifier notre hypothèse d’analyse. En effet, cette dernière stipulait que, le haut niveau d’instruction et le statut économique élevé étaient favorables à thérapie moderne. Or les résultats des pratiques thérapeutiques après la guerre semblent plutôt évoluer dans le sens contraire. Ceci avaient d’ailleurs été pressenti par Uche (1988) quand il laissait comprendre que « L’instruction semble  augmenter les possibilités de choix ; renforçant la confiance faite aux deux types de médecines ». Et dans notre cas, l’instruction serait favorable à la médecine traditionnelle.

 

En définitive, la crise sociopolitique ne semble pas présenter que des conséquences négatives sur l’individu. Elle à certes des contraintes mais également des points positifs. Comme contrainte, on a vue que, les populations qui se sont soignées par tradi-thérapie, pendant la guerre, n’ont pas hésité un seul instant à recourir à la médecine moderne, une fois la paix retrouvée. Comme point positif, une bonne partie des populations les plus instruites et les plus économiquement riches, ont continué ou continuent à se faire traiter par des tisanes après l’expérience vécue pendant la guerre. La guerre a donc un effet positif sur la culture traditionaliste. Ceci est particulièrement vrai en Afrique où dans un contexte de crise économique, les individus ont tendance à se conformer de plus en plus aux us et coutumes traditionnels (Akoto, 1993).

En ce qui concerne l’automédication, il faut reconnaitre que c’est plutôt le succès incontesté de la médecine moderne qui alimente cette pratique.

Les résultats sur les comportements des populations du Pool doivent être pris avec beaucoup d’attention. Tout d’abord, même si la guerre à frappée l’ensemble des 12 départements du pays, le Pool, demeure de loin, le département le plus durement touché, aussi bien en perte en vie humaine que de dégâts matériels, notamment la destruction des infrastructures de base. Cette situation s’est traduite ensuite par un renforcement des réseaux sociaux dans une optique de solidarité intracommunautaire. Ce qui a favorisé aussi bien, l’éveil des savoir thérapeutiques ancestraux que l’automédication moderne.

 

PROPOSITIONS

La principale limitation de cette recherche est le manque de distinction entre l’auto médication traditionnelle et l’auto médication moderne. On note également, la non prise en compte des facteurs importants tels que les croyances étiologiques et perception des soins, le milieu de socialisation et les appartenances ethnique et religieuse, les facteurs institutionnels et environnementaux. Il serait dès lors important de mener une enquête plus poussée, combinant à la fois les approches quantitatives et qualitatives de collecte de données et qui donnerait une précision sur l’ensemble des facteurs identifiés comme limites de la recherche. L’étude devrait permettre également d’expliquer pourquoi les individus de niveau d’instruction élevé et "économiquement riches", utilise de plus en plus la médecine traditionnelle. Elle devrait par ailleurs aider à déterminer l’ampleur de la thérapie mixte (à la fois traditionnelle, moderne, et religieuse) ainsi que le profil de ceux qui la pratique.

 

 

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[1] Les missionnaires Chrétiens considéraient tout ce qui se pratiquait chez les ethnies d’accueil concernant l’étiologie et le système de soins de santé comme soit superstition, soit fétichisme, ou magie, auquel chacun était tenu de renoncer avant d’embrasser la religion chrétienne (Akoto, 2002).

[2] Modèles de cheminement causal, qui décrivent le cheminement mental et physique du malade entre les diverses étapes de prise de conscience et de prise en charge de la maladie.

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